Samedi 1 novembre
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Dimanche 26 octobre
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Hommage à ABÛ NUWÂS,
"L'homme aux longs cheveux bouclés"...
Assurément l'un des plus grands,
voire le plus grand poète arabe !
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ABÛ NUWÂS AL-HASAN B. HÂNI' AL-HAKAMI ...
La mémoire culturelle arabe retient Abu Nuwas comme l'un de ses plus grands poètes, lui dont l'origine était persane par sa mère, dont la
vie se passa à braver les règles de l'éthique dominante, et dont l'art enfin prit le contre-pied de l'académisme, bientôt et pour longtemps triomphant.
Ces trois traits le situent au cœur des tensions qui désignent les sites principaux où se décida la culture arabo-islamique en cette fin du IIe siècle de l'hégire.
De Bassora à la cour des califes...
Abu Nuwas est né en Susiane, à Al-Ahwaz entre 130 et 145 de l'hégire (747-762) d'une mère iranienne et d'un père client d'une tribu sud-yéménite.
Il vient très jeune à Bassora toute proche, puis à Koufa. C'est probablement dans cette ville qu'il se forme et reçoit les influences qui devaient marquer sa vie. Car il y fréquente un cercle
de redoutables libertins, homosexuels pour la plupart d'entre eux.
Il devient ainsi le protégé du poète Waliba b. al-Hubab et de Halaf al-Ahmar.
Il aurait suivi les cours des meilleurs philologues. Son œuvre atteste d'ailleurs de sa culture dans de nombreux domaines du savoir de l'époque.
Bagdad commence à drainer tous les talents et il s'y rend. Il se lie à la famille vizirale des Barmakides qui connaît l'apogée de sa puissance et le drame de sa chute sous le calife Harun
ar-Rasid. Il séjourne quelque temps au Caire, puis revient à Bagdad pour y devenir l'un des commensaux attitrés du calife Al-Amin. Il passe là des années flamboyantes qui le mènent des fastes
du palais à la misère des prisons.
On ne sait comment il meurt entre 198 et 200 (813-815), à l'aube de ce IIIe siècle de l'hégire (IXe s.) qui s'ouvre avec l'assassinat du calife ami et l'avènement d'un temps où il n'avait plus
de place. Et peu importe notre ignorance des circonstances de sa mort : le poète avait fait son œuvre.
Un libertin au cœur des antagonismes...
Cette œuvre porte un témoignage sur bien des aspects d'une civilisation islamique encore à l'heure des choix.
Toute la poésie d'Abu Nuwas exprime une vision du monde.
Cette vision est d'abord marquée de " citadinité ". L'Islam a fait passer les Arabes de l'oralité à l'univers du graphisme, du tribalisme socio-politique à l'exercice étatique du pouvoir, de la
mentalité bédouine au comportement citadin. Le discours scientifique règle avec fermeté le développement culturel.
En cette fin du IIe siècle de l'hégire, aucun des grands affrontements qui secouent la société n'est achevé. Dans ce contexte, Abu Nuwas est le poète qui exprime avec le plus de relief les
antagonismes pensés et vécus.
Il revendique le droit au plaisir contre l'angoisse existentielle que ne rassure pas le dogme.
Il prend la liberté de l'insolence que ne tolère pas la loi.
Il ridiculise le mode de vie bédouin et vise, ce faisant, l'ethnie arabe prise à la fois dans sa bédouinité originelle et dans sa prétention à la primauté culturelle et politique.
Ainsi l'hédonisme d'Abu Nuwas ne désigne pas les seules pulsions d'un individu. Il témoigne d'une résistance à un dogmatisme qui entend régir la société.
Au demeurant, le poète n'hésite pas à prendre part à la lutte féroce que les Arabes d'origine yéménite menaient contre les Arabes du Nord dans un conflit d'origine tribale sensiblement aggravé
depuis l'islam. Sa longue et célèbre satire des 'Adnan, où il fait un éloge marqué des Qahtan, lui valut d'être longuement emprisonné sur l'ordre du calife Harun ar-Rasid.
Dans ce genre si arabe de la diatribe mêlée de jactance, Abu Nuwas déploie sa verve, et ses flèches font mouche. On peut mesurer, à cette occasion, combien on se trompe en insistant exagérément
sur l'iranisme du poète.
Car, situé au cœur de ces antagonismes, il ne se laisse réduire par aucune proposition simpliste.
Arabe de langue et de culture, il est rebelle aux lois du clan, hostile à la domination de l'ethnie.
Citadin jusqu'au bout des ongles dans le raffinement comme dans l'excès provocateur, il garde du bédouin l'individualisme farouche, le sens du geste et le goût de l'affrontement.
Irreligieux jusqu'au blasphème, il viole l'ordre moral, mais trouve d'admirables accents pour confier à Dieu sa détresse et implorer sa miséricorde.
Débauché qui se vautre dans tous les bouges, il est aussi l'esthète admirant le vol impérial de l'autour ou l'accélération fulgurante du guépard en chasse.
Une créativité rebelle...
Son génie s'est immédiatement imposé et le jugement des contemporains n'a cessé d'être confirmé depuis treize siècles.
Ce consensus des époques trouve sa raison d'être dans la qualité d'une poésie aux facettes multiples, mais animée par une même inspiration et fruit d'un même talent. Il fait référence aussi à
la nature d'un personnage et à l'exceptionnelle situation historique de son œuvre.
Depuis l'avènement de l'Islam, la poésie arabe fut travaillée par une double contrainte qui la mena vers le classicisme.
Celle exercée par les théoriciens d'abord : grammairiens, lexicographes, prosodistes recueillent la poésie ancienne, en fixent la langue et définissent peu à peu une esthétique.
Celle ensuite qui s'exerce sur le statut et la fonction du poète dans la société. Le grand poème d'apparat dédié à un haut personnage fixe et illustre les canons d'un art.
Cette réglementation vise, en fait, à instaurer l'hégémonie d'un genre, en définitive à imposer un type d'écriture. Le genre est celui du panégyrique qui fait l'objet de poèmes de plus en plus
longs, nécessitant une organisation interne minutieuse.
Ce principe de cohésion entraîne des dispositions d'écriture qui régissent le lexique, la syntaxe et la composition thématique. Le poète qui ne réussit pas dans ce difficile exercice de style
est tenu pour mineur.
D'où l'importance d'Abu Nuwas. Il fait justement partie de la dernière génération de poètes qui ne se sont pas pliés aux injonctions de l'académisme.
Successeur de Bassar b. Burd, il fait triompher le poème bachique, le chant érotique, la composition animalière au même moment où Al-'Abbas b. al-Ahnaf se consacre au langage de l'amour
courtois et Abu l-'Atahiya à la méditation sapientiale.
Les Poèmes bachiques et érotiques doivent être saisis dans la même analyse.
Abu Nuwas y recueille une vieille tradition qui remonte à la période pré-islamique et n'a cessé de se manifester depuis. Mais il lui donne un éclat et une force incomparables.
La hamriyya (poème bachique) devient chez lui un genre : ses descriptions des vins, des commensaux, des échansons, des chanteuses seront tenues pour des modèles et appelleront l'imitation
durant des siècles.
Ce sont des tableaux vifs et précis qui allient la vérité du trait à la finesse des images et à la simplicité de la langue.
Érotisme et bachisme s'y mêlent étroitement et l'alliage n'est pas toujours du meilleur goût : Abu Nuwas est un héritier des libertins de Koufa, disciple d'homosexuels célèbres, compagnon de
beuveries mémorables qui pouvaient se dérouler aussi bien au palais califal que dans un monastère ou dans les jardins de la banlieue de Bagdad.
La poétique d'Abu Nuwas est reconnaissable entre toutes. La langue se tient à l'écart de l'archaïsme comme du formalisme qui trouvera, peu après, son expression la plus haute dans l'œuvre d'Abu
Tammam.
Elle sait puiser aux ressources du lexique sans tomber dans le piège de la littérature pour philologues.
Elle exprime les sentiments avec vigueur et peint avec précision les situations, donnant ainsi au vécu un relief particulier. Car c'est, la plupart du temps, au niveau de la sensation qu'elle
opère : les images sont concrètes, souvent vives et heureusement choisies.
Abu Nuwas se sert, certes, sans complexe des trouvailles de ses prédécesseurs. Mais il affine, retravaille une matière qui, en poésie arabe, relève finalement d'une création collective
échelonnée sur des générations de poètes.
Le poème s'organise librement.
La plupart du temps bref, il entrecroise ses motifs, virevolte de l'éphèbe à la femme, de la coupe aux fleurs, du blasphème au repentir, de la satire à l'amitié, toujours avec un bonheur de la
formule qui comble l'attente.
Ces variations sur des thèmes connus ne suivent aucun projet arrêté à l'avance et relèvent d'un véritable plaisir de dire.
La cohésion interne du poème n'est pas assurée par des enchaînements thématiques mais par cette rhétorique du lyrisme qui se saisit des énoncés successifs.
Le texte se constitue ainsi de l'afflux des significations. Le rythme est autant celui des mots coulés dans les matrices métriques que celui du sens.
Ainsi le poète offrit-il l'énergie de son écriture aux conflits de son temps.
Une lecture attentive de son œuvre fait apparaître que les attitudes provocatrices, voire les formulations grossières, recouvrent les tourments d'un être que tout menace dans sa liberté.
Dépravé, excessif, cynique, tout cela est vrai.
Mais sans masque, avec lucidité et, toujours, un amour profond de la vie et de ses manifestations.
Poète de la joie de vivre soudain saisi d'angoisse à l'idée de la mort : quelle image rend mieux ce destin que celle d'un Abu Nuwas réveillé, au terme d'une nuit d'ivresse, par le tympanon d'un
monastère, et se mettant à songer à Dieu ?
Il fallut attendre la poésie contemporaine pour retrouver une force de création comparable.
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"L'Inversion et les Invertis ... "
Quels " instruments" ont notre préférence....
Nous avons l'habitude de classer les instruments en quatre groupes :
- Gros et longs,
- Gros et courts,
- Minces et longs,
- Minces et courts.
Certains ne jurent que par ceux qui sont gros et
courts, d'autres n'en tiennent que pour ceux qui sont gros et longs. Les premiers prétendent que celui qui a tout à la fois la grosseur et la longueur a malheureusement tendance à se retenir dans
l'action, à épargner ses réserves, à s'endormir de bonne heure, et à se retrouver bien faible au réveil, tandis que l'objet gros et court se lèverait avec plus de courage, serait capable de
veiller infatigablement... et aurait en plus l'avantage de remplir très exactement - c'est à dire ni plus ni moins - son trou. A quoi les seconds répondent aux premiers : " Celui à qui la
longueur fait défaut ne pénètre-t-il pas moins profondément, quels que soient par ailleurs les exploits que vous vous plaisez à rapporter sur son compte en telle ou telle situation ? ". Quoi
qu'il en soit de l'un ou de l'autre, ce qui importe, c'est que nous ayons finalement tous élu le gros instrument - long ou court selon les goûts. Personne chez nous ne songerait à faire l'éloge
d'un objet long et mince - si l'on excepte les individus atteints de débilité ou souffrant d'hémorroïdes, auquel un gros membre n'apporte que dommage
et souffrance, et qui préféreront le choisir fin pour qu'il pénètre sans heurt, suive son chemin
avec douceur et délicatesse, parvienne néanmoins aux demeures de la sensation grâce à sa longueur et eveille ainsi le plaisir sans blesser l'endroit endolori. Quant à l'objet mince et court.
L'idée seule d'y recourir n'a jamais effleuré l'esprit de l'un d'entre nous. Ne s'en accomodent que ceux qui font semblant d'être des nôtres mais seraient bien incapables de nous imiter : les
poltrons, les braillards, les raseurs. Il existe des mesures précises quant à la taille de l'instrument et chacun de nous s'y référe. La dimension la plus courte équivaut à six largeurs de doigt.
Mais l'instrument ne saurait nous être utile et ne nous apporte aucune joie. Au dessus, il convient de considérer celui qui mesure neuf doigts et, mieux encore, celui qui atteint douze doigts. Ce
dernier remplit fort bien son office : peuvent l'utiliser tous ceux qui ont goûté l'eau de notre citerne. Mais l'instrument extraordinaire, celui qui prime tous les autres, qui surpasse toute
description, est celui qui parvient à seize doigts de mesure. N'a la force de le supporter
qu'un chef illustre, un compagnon dès longtemps exercé à notre art. Car il n'est pas donné à n'importe qui de pouvoir l'employer : n'est autorisé à y recourir
que celui dont les sens ne sont point trop aiguisés, dont l'orifice se trouve quelque peu distendu, ou qui se plaint de ne parvenir que lentement au plaisir. Mais celui des instruments qui
suscite le plus d'éloges, qui mobilise la plus chaude affection, qui guérit le plus rapidement de tous les maux, qui inflige le meilleur traitement, qui réjouit l'âme et comble le désir du plus
exigeant, cet instrument est celui qui a la capacité de grandir et de se gonfler sous la caresse jusqu'à atteindre la calibre idéal : les doigts qui s'en saisissent alors doivent en faire tout
juste le tour ; leur arrive-t-il même de n'y point parvenir, l'objet n'en a que plus de mérite et de valeur, n'en reçoit que plus d'éloges, ne s'en trouve que mieux gratifié des épithètes les
plus flatteuses...puisqu'on lui demande précisément d'être large et
dodu pour remplir son emploi - qui est d'apporter à l'âme, par sa seule présence, le baume dont elle rêve de s'imprégner ! Faut il, cela dit, préférer tout de même le long au large ?
Je ne crois pas ! Le long, quels que soient ses mérites, ne rend pas d'aussi précieux services que son rival. Il ne peut faire mieux que d'occuper la place que lui ménage la nature : quelque mal
qu'il se donne, il n'ira pas plus loin. Celui qui a la capacité de le recevoir jusqu'au bout n'en aura aucun mérite, car cette capacité lui a été donnée de naissance et ne saurait être le fruit
d'un effort de perfectionnement, d'une volonté qui tendrait à surmonter les obstacles et à supporter héroïqueent les conséquences de leur opiniâtreté. Le gros instrument en revanche n'est jamais
accueilli dans un espace que la nature l'inviterait à remplir sans effort. Son intrusion n'est jamais une banale aventure. Elle est toujours le résultat d'une longue pratique, d'un exercise
constant, seuls moyens d'ouvrir cette voir étroite...et de la rendre ensuite indéfiniment praticable pour répondre aux voeux de ceux qui veulent la suivre et en goûter durablement les
charmes.
Pour le reste nous nous refusons à envisager d'autre cas de figure, qui n'auraient à nos yeux aucune valeur !
AHMAD AL-TÎFÂCHÎ (1184-1253) - les Délices des Coeurs... (extraits)
Par Donik
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Autres Poèmes érotiques
d' ABÛ NUWÂS...
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Il est des hommes à qui les femmes plaisent
Et qui plaisent aux femmes.
Quant à moi, c'est le jeune mâle
Qui me ravit !
Une blancheur surgit
Des vêtements amoncelés :
Par-delà la ceinture, ligne d'horizon,
Se lève soudain la lune !
Son visage t'implore,
Par le seul jeu de sa beauté.
Fais-tu languir ton désir,
Vois comme te regarde
Son oeil mouillé de douceur
Chaude, sous la paupière,
Criant à l'injustice !
Et vois ce visage lunaire
Enflammé du même désir !
Ah ! Que le flot déborde,
Inondant ce beau jardin !
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Louange à Dieu !
Personne ne sait mon bonheur.
Mon eau c'est le vin que je bois,
Et mes friandises,
Ce sont les baisers !
A peine ai-je le temps
De fermer les yeux et de m'assoupir
Lorsqu'arrive l'heure de dormir :
Une croupe nouvelle déjà
Me fait secouer ma torpeur !
Je me suis passé d'étoiles,
Les remplaçant par autant de jouvenceaux !
Je me suis dispensé de goûter la soupe claire,
Lui préférant le goût du vin !
J'ai laissé la voie de droiture
Pour les voies de celui
Qui sait éveiller mon désir.
J'ai troqué la contrainte
Des chemins licites
Contre l'abandon aux fruits défendus.
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Je bois le vin généreux
et me lie de compagnie
avec les coeurs magnanimes.
Si l'instrument se lève, ne vous hâtez pas
de crier au vice quand arrive l'heure
de la conjonction (*).
Il m'a demandé :
" Pourquoi,
dès qu'il se fut étendu,
t'es tu alongé sur lui ?
n'as tu pas vu ses dimensions :
longueur et largeur ? "
J'ai répondu :
" Laisse de côté tout discours,
seuls prennent le siècle
pour gibier de vrai régal
le vin, la sensation, le plaisir ! "
(*) i.e. la pénétration....
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Par Donik
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