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Dimanche 26 octobre 7 26 /10 /Oct 10:56


"L'homme aux longs cheveux bouclés", Abû-Nuwâs est l'un des poètes arabes les plus célèbres du 8ème siècle. Est-il le plus grand poète arabe? Le roi de la satire. Mais la grande affaire d'Abû-Nuwâs, ce qui a établi sa renommée, c'est la poésie érotique et bachique. A travers son oeuvre, c'est son caractère qui transparaît, celui d'un jouisseur, d'un libertin, d'un chantre de la joie de vivre.

Mieux que fille vaut garçon

J'ai quitté les filles pour les garçons
et, pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.
Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J'ai coupé les rênes et sans remords
j'ai enlevé la bride avec le mors.

Me voilà tombé amoureux d'un faon
coquet, qui massacre la langue arabe.
Brillant comme un clair de lune, son front
chasse les ténèbres de la nuit noire.


Il n'aime porter chemise en coton
ni manteau de poil du nomade arabe.
Il s'habille court sur ses fines hanches,
mais ses vêtements ont de longues manches.
Ses pieds sont chaussés et, sous son manteau,
le riche brocart offert se devine.
Il part en campagne et monte à l'assaut,

décoche ses flèches et ses javelines.
Il cache l'ardeur de la guerre et son
attitude au feu n'est que magnanime.

Je suis ignorant, en comparaison
d'un jeune garçon ou d'une gamine.
Pourtant, comment confondre une chienne qui est
ses règles chaque mois et mit bas chaque année,
avec celui que je vois à la dérobée:
je voudrais tant qu'il vînt me rendre mon salut!
Je lui laisse voir toutes mes pensées,
sans peur du muezzin et de l'imâm non plus.



La trace d'un baiser

Toi qui effaces mon baiser,
tu t'étais pourtant laissé faire...
As-tu pris peur -je me demande-
que ton maître te réprimande?
Mais un baiser laisse son trace
qui montre bien que l'on t'embrasse.
Sais-tu ce qu'il te reste à faire?
Rien d'autre qu'à recommencer.
En voilà une belle affaire!
Reviens donc te faire embrasser!
Car je n'ai plus, sur ta joue ronde,
que ce baiser qui vagabonde.



Dieu me pardonne!

Il est vrai, ô mon Dieu : grande est ma vilenie,

mais Ta clémence, je le sais, est infinie.
Si , seuls, les vertueux osent garder l'espoir,
Qui donc peut invoquer le pécheur, en Qui croire?
Je t'implore, Seigneur, avec humilité.
Ne me repousse pas! Toi seul auras pitié.
Je n'espère qu'en Toi, bienfaiteur et clément,
car enfin, aprés tout, je suis un Musulman...







Janân a pris mon cœur, dont il ne reste rien :
Les deux tiers de mon coeur
Et les deux tiers du reste
Et les deux tiers du dernier reste,
Au serveur leste,
Le tiers du tiers.
Six parts pour les amants enfin.


Je meurs d'amour pour lui, en tout point accompli
et qui se perd en entandant de la musique.
Mes yeux ne quittent pas son aimable physique,
sans que je m'emerveille à le voir si joli.
Sa taille est un roseau, sa face est une lune
et de sa joue en feu ruisselle la beauté.
Je meurs d'amour pour toi, mais garde mon secret :
Le lien qui nous unit est une corde sûre.
Que de temps il fallut, pour te creer, aux anges !
Tant pis pour les envieux : je chante ta louange.





Mon protégé a de la fièvre, qui remplace la couleur
de ses joues par la rougeur.
Je voudrais tant que sa fièvre m'habite
deux fois plus forte
Et qu'un jour me soit un mois,
pour que le mal se transporte
jusqu'à mon corps, jusqu'à moi !
J'ai demandé à la fièvre :
" Il faut donc que tu y tiennes ? "
Elle dit : " autant que toi. "
Je lui ai dit :
" Je te jure de ne plus penser à lui. "
Comme s'il était besoin de le tirer de l'oubli...
Alors, qu'à cela ne tienne !



Ses larmes coulent sur les roses de ses joues,
parce que je l'ai embrassé à l'improviste.
Mais quand je lui tendis un verre, déjà ivre,
il défit sa ceinture en faisant une mue.
Malheur à moi quand il sortira du sommeil
de l'ivresse ! me tuera-t-il à son réveil,
Pour , des yeus, me punir de sa mésaventure ?
N'ai-je pas dérangé le noeud de sa ceinture ?




Ce que les pantalons ont caché se révèle.
Tout est visible.
Rince toi l'oeil à loisir.
Tu vois une croupe, un dos mince et svelte
Et rien ne pourraît gâcher ton plaisir.
On se chuchotte des formules pieuses...
Dieu que le bain est chose délicieuse !
Même quand, venant avec leurs serviettes,
Les garçons de bain ont troublé la fête.





Quand je vis ce beau jeune homme,
Il riait à belles dents.
Nous étions tous deux, en somme,
Seuls avec Dieu. Cependant,
Il mit sa main dans la mienne
Et me fis tout un discours,
Puis me dit :
" Est ce que tu m'aimes ? "
" Oui, au dela de l'amour. "
" Donc, dit il, tu me désires ? "
" Tout est désirable en toi. "
" Crains Dieu alors, oublie moi ! "
" Si mon coeur veut m'obéir.... "



Toi qui efface mon baiser,
tu t'étais pourtant laissé faire...
As tu pris peur - je me demande -
que ton maître te réprimande ?
Mais un baiser laisse une trace
qui montre bien que l'on t'embrasse.
Sais tu ce qu'il te reste à faire ?
Rien d'autre qu'à recommencer.
En voilà une belle affaire !
Reviens donc te faire embrasser !
Car je n'ai plus, sur ta joue ronde,
que ce baiser qui vagabonde.

Toi qui met le feu à la terre
et tiens éveillés les dormeurs,
Quand ton ombre, la nuit dernière,
m'a visité, pour mon bonheur,
Je lui ai dis : " Sois bienvenue !
Je m'offre en sacrifice à toi.
mais j'aimeras mieux ta venue
au réveil, quand je ne dors pas. "
O, sentir ta joue ingénue !
Est ce un péché - ne l'est ce pas ?










Je regarde Hamdân et dis à mon amis :
" Cela fait bien longtemps qu'il me l'avais promis
de ne laisser pousser sa barbe
qu'à condition de laisser galbre
son entrecuisse.
Souviens toi de sa splendeur,
du temps heureux de sa jeunesse en fleur,
quand sa beauté lui gagnait tout les coeurs.
Mais après tout, que sais tu d'avouable ? "



Ses deux accroche-coeurs se cambraient sur ses tempes :
on eût dit des scorpions.
Et sa robe de soie était ouverte et ample.
Il est comme un diamant,
qui réveille les coeurs, excite le désir.
Si un jour il t'invite,
n'hesite pas, car tout est facile avec lui
et son esprit habite
le beau corps lumineux qui se fond avec lui,
comme un nuage au vent.
Imaginerait-on que, quelque part, existe
un autre être vivant
dont la beauté puisse être comme sa réplique ?




poèmes traduits de l'arabe, mais lus en arabe, c'est un autre délice... Ainsi parlait Abû-Nuwâs. S'il avait été vivant au 21ème siècle, aurait-il osé cette audace insolente et insolite? cette impertinence?

Les poèmes sont extraits de
" Le vin, le vent, la vie... "
traduction : Vincent-Mansour Monteil
Editions Sindbad - Actes Sud
Disponible également dans toute librairie digne de ce nom...




les superbes photographies,
utilisées comme support à cet hommage,
et trouvées sur la toile,
sont de Pierre et Gilles,
j'espere qu'ils ne m'en voudront pas
de les avoir utilisées.
Leurs oeuvres sont disponibles dans toute bonne librairie...

Par Donik - Publié dans : gays
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